# Olympiades Françaises de Mathématiques 2016-2017 ![](https://cdn.mathpix.com/cropped/2024_12_24_dbf997db2c6b7fd9e7cfg-01.jpg?height=411&width=454&top_left_y=418&top_left_x=830) ## Solutions à l'envoi $\mathfrak{N}$ (uméro 4 - Combinatoire ## Exercices du groupe $\mathcal{B}$ ## Exercice 1. On place quatre points dans le plan, trois jamais alignés, et on les relie tous deux à deux. On colorie chacun des six segments obtenus soit en bleu soit en rouge. Montrer qu'il existe deux triangles différents coloriés de la même façon. Par exemple, dans l'exemple suivant (où l'on a remplacé rouge par épais et bleu par pointillé), ABD et ACD sont coloriés de la même façon. ![](https://cdn.mathpix.com/cropped/2024_12_24_dbf997db2c6b7fd9e7cfg-01.jpg?height=283&width=348&top_left_y=1642&top_left_x=886) ## Solution de l'exercice 1 Il y a quatre façons différentes de colorier un triangle (avec zéro, un, deux ou trois segments rouges) et il y a quatre triangles dessinés. Donc, soit deux triangles sont coloriés de la même façon, soit tous les triangles sont différents. Montrons que le deuxième cas n'est pas possible. En effet, deux triangles différents partagent toujours deux sommets en commun, donc un côté en commun. Or, si tous les triangles sont différents, il y a un triangle entièrement bleu, et un autre entièrement rouge. Leur côté commun serait alors à la fois rouge et bleu, impossible. Finalement, on a bien deux triangles coloriés de la même façon. ## Exercice 2. Pour quel $n \geqslant 1$ peut-on remplir un échiquier $n \times n$ avec des pièces de la forme ![](https://cdn.mathpix.com/cropped/2024_12_24_dbf997db2c6b7fd9e7cfg-02.jpg?height=117&width=166&top_left_y=454&top_left_x=977) sans qu'elles se recouvrent? (Les rotations sont autorisées). ## Solution de l'exercice 2 Supposons que nous avons réussi à recouvrir un échiquier $\mathrm{n} \times \mathrm{n}$. Une pièce recouvre 4 cases. Donc clairement 4 divise $n^{2}$ donc $n$ est pair. Maintenant, chaque pièce recouvre soit trois cases noires et une case blanche de l'échiquier, soit l'inverse. Or, comme n est pair, il y a autant de cases noires que de cases blanches. Il faut donc autant de pièces recouvrant trois cases noires que de pièces recouvrant trois cases blanches. Par conséquent, il y a un nombre pair de pièces, d'où 8 divise $n^{2}$. Donc, si l'on parvient à couvrir un échiquier $n \times n$, alors 4 divise n . Réciproquement, si 4 divise $n$, on peut facilement recouvrir l'échiquier avec des blocs $4 \times 4$. ![](https://cdn.mathpix.com/cropped/2024_12_24_dbf997db2c6b7fd9e7cfg-02.jpg?height=147&width=145&top_left_y=1211&top_left_x=990) Exercice 3. Soient $A_{1}, A_{2}, \ldots, A_{m}$ des sous-ensembles distincts de $\{1,2, \ldots, n\}$ tels que pour tout $1 \leqslant$ $\boldsymbol{i}, \mathbf{j} \leqslant \mathrm{n}$ on a $A_{i} \cap A_{j} \neq \emptyset$. Montrer $m \leqslant 2^{n-1}$. ## Solution de l'exercice 3 Considérons toutes les paires d'ensembles $\left\{A, A^{c}\right\}$ pour tout $A \subset\{1,2, \ldots, n\}$. Puisqu'il y a $2^{n-1}$ telles paires, si $m>2^{n-1}$ on aurait $1 \leqslant ib_{\mathfrak{m}+1}\right\} \\ & \subset\left\{\mathbf{b}_{\mathfrak{m}+1}\right\} \cup\left(A \backslash A_{\mathfrak{m}}\right) . \end{aligned} $$ Or ce dernier ensemble est de taille au plus $1+\left(2^{n}-\left(2^{n}-2^{m}+1\right)\right)=2^{m}$. Donc, $\operatorname{card}\left(A_{m}\right)-$ $\operatorname{card}\left(A_{m+1}\right) \leqslant 2^{m}$, puis on obtient 4 à l'ordre $m+1$. Ce qui conclut la récurrence. Maintenant, on applique la récurrence jusqu'à $m=n+1$ et on obtient un ensemble $B_{n+1}$ de taille $n+1$ qui vérifie l'hypothèse 1 , donc qui est bien solution de l'exercice. ## Exercice 10. On possède une liste infinie de cases, les cases étant numérotées par $1,2, \ldots$. Au départ, toutes les cases contiennent le nombre 1 . À chaque étape, on choisit un nombre $a \in \mathbb{N}^{*}$ tel que: - soit toutes les cases numérotées par un multiple de a contiennent 1 auquel cas on remplace ces 1 par des 0 , - soit toutes les cases numérotées par un multiple de a contiennent 0 auquel cas on remplace ces 0 par des 1 . Montrer que, pour tout $n \geqslant 2$, on peut faire en sorte que toutes les cases de numéro au plus n contiennent un 0 sauf la première case qui contient un 1. ## Solution de l'exercice 10 Nous allons d'abord reformuler le problème. On se place dans $\mathbb{N}^{*}$. Si $A$, B sont deux ensembles (dans $\mathbb{N}^{*}$ ), on note - $A \oplus B:=A \cup B$ si $A \cap B=\emptyset$, sinon l'opération est interdite, et - $A \ominus B:=A \backslash B$ si $B \subset A$, sinon l'opération est interdite. On ajoute la convention que $\oplus$ et $\ominus$ sont associatives à gauche, c'est-à-dire que les opérations sont effectuées de la gauche vers la droite. Par exemple, $\{1\} \oplus\{2\} \ominus\{1,2\}=(\{1\} \oplus$ $\{2\}) \ominus\{1,2\}=\emptyset$, par contre $\{1\} \oplus\{1,2\} \ominus\{1\}$ est interdit. Le problème se reformule donc par : montrer que, pour $n \in \mathbb{N}^{*}$, il existe une formule commençant par $\mathbb{N}^{*}$, contenant que des ensembles de multiples d'entiers et utilisant les opérations $\oplus$ et $\ominus$ aboutissant à un ensemble $E$ tel que $E \cap\{1, \ldots, \mathbf{n}\}=\{1\}$. Pour montrer cela, nous allons utiliser un lemme, que nous démontrerons plus tard, et qui n'est rien d'autre qu'une variante améliorée du principe d'inclusion-exclusion. Lemme: Si $m \in \mathbb{N}^{*}$ et $A_{1}, \ldots, A_{m}$ sont des ensembles, alors il existe une formule utilisant les opérations $\oplus$ et $\ominus$ et constituée uniquement d'intersections quelconques des ensembles $A_{1}, \ldots, A_{m}$ dont la valeur est $A_{1} \cup \cdots \cup A_{m}$. Par exemple, dans le cas $m=2, A_{1} \cup A_{2}=A_{1} \ominus\left(A_{1} \cap A_{2}\right) \oplus A_{2}$. Maintenant, notons $\mathrm{p}_{1}, \mathrm{p}_{2}, \ldots$ les nombres premiers dans l'ordre. Notons $A_{i}$ l'ensemble des multiples (strictement positifs) de $p_{i}$, pour tout $i \in \mathbb{N}^{*}$. Prenons $n \geqslant 2$ et soit $m$ le nombre de nombres premiers inférieurs ou égaux à $n$. D'après le lemme, il existe une formule dont la valeur est $A_{1} \cup \cdots \cup A_{m}$. Or cette union est l'ensemble des nombres qui sont multiples d'au moins un nombre parmi $p_{1}, p_{2}, \ldots$ et $p_{m}$. Il contient donc tous les nombres inférieurs ou égaux à $n$ sauf 1 . En remplaçant les $\oplus$ par des $\ominus$ et vice-versa dans la formule et en ajoutant $\mathbb{N}^{*} \ominus$ devant, nous obtenons donc une formule autorisée dont la valeur vérifie ce que nous voulons. Il reste à ajouter pour conclure que, si $1 \leqslant \mathrm{l} \leqslant \mathrm{m}$ et si $1 \leqslant \mathfrak{i}_{1}<\mathfrak{i}_{2}<\cdots<\mathfrak{i}_{l} \leqslant \mathfrak{m}$, alors $A_{i_{1}} \cap A_{i_{2}} \cap \cdots \cap A_{i_{l}} n^{\prime}$ est rien d'autre que l'ensemble des multiples de $p_{i_{1}} p_{i_{2}} \ldots p_{i_{l}}$. Donc la formule que l'on a obtenue n'est constituée que d'ensembles de multiples d'entier et donc convient. Montrons maintenant le lemme par récurrence sur $m$. Le cas $m=1$ est trivial. De plus, nous avons traité le cas $m=2$, pour l'exemple, ci-dessus. Soit $m \geqslant 2$ et supposons le théorème vrai pour $m$ ensembles. Soient $A_{1}, \ldots, A_{m+1} m+1$ ensembles. On a $$ \begin{aligned} & A_{1} \cup \cdots \cup A_{m+1}=A_{1} \cup \cdots \cup A_{m} \ominus\left(\left(A_{1} \cup \cdots \cup A_{m}\right) \cap A_{m+1}\right) \oplus A_{m+1} \\ & A_{1} \cup \cdots \cup A_{m+1}=A_{1} \cup \cdots \cup A_{m} \ominus\left(\left(A_{1} \cap A_{m+1}\right) \cup \cdots \cup\left(A_{m} \cap A_{m+1}\right)\right) \oplus A_{m+1} \end{aligned} $$ Par hypothèse de récurrence, il existe une formule pour le deuxième terme constituée uniquement d'intersections quelconques de $A_{1} \cap A_{m+1}, \ldots, A_{m} \cap A_{m+1}$; donc uniquement d'intersections quelconques de $A_{1}, \ldots, A_{m+1}$. Maintenant, on peut insérer la formule du deuxième terme dans la grosse formule en remplaçant, dans la formule du deuxième terme, les $\oplus$ par des $\ominus$ et vice-versa. En remplaçant directement le premier terme par la formule obtenue par l'hypothèse de récurrence, on obtient la formule voulue. On conclut la preuve du lemme par récurrence.